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Témoignage de CCE : L'aventure SOKA en Ukraine

L’Ukraine: l’enfer ou un nouveau paradis ?

 

Des clichés à la réalité

En France, l'Ukraine a une image assez sulfureuse. Beaucoup font un amalgame avec la Russie qui n'est pas justifié.

Quels sont les clichés sur l'Ukraine ? L'affaire de l'ex-Premier ministre, Yulia Timoshenko, égérie de la révolution orange, embastillée arbitrairement pour cause d' « erreur de décision » sur le prix du gaz choque le monde entier.

Le conflit gazier avec la Russie empoisonne les relations des 2 pays. L'Ukraine paye le gaz 350 USD les 1000 m3 contre un prix consenti à l'Allemagne de 160 USD. Mais de nombreux différents opposent les 2 pays. La Russie voudrait faire adhérer l'Ukraine à l'Union Douanière qu'elle a mise en place avec la Biélorussie et le Khazaktan. Plus généralement elle veut prendre le contrôle du pays que les russes considèrent non sans raison, comme le berceau historique de la Russie. L'Ukraine pour sa part aspire à rentrer dans l'Union Européenne avec laquelle elle a négocié un accord d'association gelé en raison de l'affaire Timoshenko. Après son élection, la première visite du Président Yanukovich, considéré comme pro-russe, a été de se rendre à Bruxelles avant d'aller à Moscou. En fait le pays mène un exercice permanent d'équilibriste entre la Russie, son premier client et fournisseur et l'Union Européenne, son choix de cœur.

Si on rentre un peu plus dans le détail, le pays est divisé en 2 communautés : l'ouest de l'Ukraine, ukrainophone et pro-Pologne-U.E. et la partie est et sud qui parle russe et est pro-Russie.

La situation politique est marquée par les élections législatives en octobre qui ont vu un recul du parti des Régions du Président Viktor Yanukovich malgré toutes les pressions politiques, judiciaires, voire physiques qui ont pu être exercées pour museler toute opposition.

Le nouveau gouvernement, nommé à la fin décembre, montre une reprise en main par la nomination de proches de la « famille », c'est à dire des 2 fils du Président, très actifs dans les affaires, et également de personnes proches de Mr Rinat Akhmetov, de Donetsk comme le Président et son principal bailleur de fonds de campagne. Cet homme est le plus riche d'Ukraine. Il est connu à l'ouest comme propriétaire de l'un des plus grands clubs de football européens, le Shaktar Donetsk.

Sur le plan économique la situation est difficile. La Banque Nationale d'Ukraine brûle du cash pour soutenir la monnaie surévaluée de 15 à 20% mais tient encore bon. Le pays discute avec le FMI pour le déblocage d'aides sous condition de réformes imposées, telles que la dévaluation de la monnaie nationale, la Grivna, artificiellement arrimée au Dollar U.S. et la réévaluation des tarifs domestiques du gaz que  l'ukrainien paye au quart du prix de revient.

La conséquence de ces discussions, cordiales mais franches comme disent les diplomates, est que le pays est asphyxié financièrement et que tous les moyens par toutes  les administrations d'obtenir de l'argent sont bons : non restitution de crédits de TVA, pénalités, au mépris même de leurs propres lois. On gagne ensuite les procès contre l'administration mais le temps d'exécution des jugements est très long.

On dit que la moitié des banques étaient en faillite virtuelle l'an passé.

Pour illustrer le côté opaque de l'économie, savez-vous quel est le principal Investisseur Direct Etranger en Ukraine ? C'est Chypre qui représentait 25% des investissements étrangers en 2011! Il faut sans doute chercher du côté de l'argent russe ou ukrainien blanchi pour l'expliquer .

Le personnel a un très bon niveau de formation mais est mal payé et même très mal payé en dehors de Kiev.

Bref ce n'est pas le paradis mais pas l'enfer non plus !

 

Pourquoi SOKA, une PME française, en Ukraine

Avant tout parce qu'une société minière a besoin de gisements. Les autres grands gisements aux USA, au Brésil en Grande-Bretagne, en Allemagne-République Tchèque  étant contrôlés par de grands groupes, il reste l'Ukraine ouverte suite à la chute de l'Union Soviétique dont elle était le fournisseur principal. Ensuite parce que les groupes de céramique sont venus s'installer en Europe de l'Est du fait du dynamisme de ces marchés et d'un coût de fabrication très compétitif.

Nous venons en Ukraine depuis 2000. A cette époque les offres de gisement de kaolin arrivaient toutes les semaines par fax ou internet.

Nous avons commencé par des achats en outsourcing de kaolin brut de carrière. Mais le produit est si pur qu'il est intéressant de le transformer comme nous le faisons en France. Il y a une dizaine de gisements de kaolin exploités en Ukraine et au moins autant répertoriés mais non exploités.

Nous avons acheté un de nos fournisseurs en 2006 et nous sommes en cours d'acquisition d'une deuxième exploitation avec le projet de construire une usine de traitement.

Il y a seulement 2 usines de lavage datant de l'ex-URSS. L'une est en cours de rénovation par son propriétaire allemand. Notre projet est de fournir des qualités de kaolin complémentaires à celles de notre usine bretonne de Quessoy.

Nous voulons pouvoir offrir à nos clients une palette complète de produits et ces nouveaux kaolins en feront partie.

 

Etat du projet

Notre projet d'acquisition doit être signifié à la commission anti-monopole d'Ukraine -AMC-, l'équivalent de l'Autorité de la Concurrence française malgré sa taille modeste. En effet le seuil d'intervention est d'un million d'Euros par  opération et pour la taille des  entreprises de 12 millions d'Euros. Ce seuil très bas qui peut s'expliquer par la lutte contre la corruption et l'argent sale est très pénalisant.

Nous avons signé le protocole en mai 2012 et l'AMC n'a toujours pas statué malgré la multiplicité des acteurs sur ce marché des kaolins non traités et la faible valeur du contrat. En fait la commission a gelé les décisions avant les élections d'octobre et la nomination du nouveau gouvernement. Nous attendons maintenant une décision.

Dès que cette étape sera franchie, nous installerons l'usine dans un local existant. Ainsi étant déjà à l'abri, nous pourrons travailler pendant l'hiver qui peut être très rigoureux en Ukraine et pouvoir sortir les premières tonnes 12 mois plus tard. Un certain nombre de clients attendent ce produit et nous espérons monter très vite en puissance.

 

En conclusion, c'est un très beau projet que nous préparons depuis 2008 mais qui avait été retardé en raison de la crise. Le pays n'est pas simple. II est d'ailleurs 137ème sur 185 pays, derrière le Bangladesh, le Lesotho et la bande de Gaza dans le classement « Doing business » de la Banque Mondiale mais 50ème pour la facilité de démarrer une nouvelle affaire. Ce dernier point positif laisse espérer qu'au prix de quelques efforts dans la transparence politique et économique, l'Ukraine pourra être associée à l'Europe.

 

Le 15 janvier 2013

 

Philippe Delaporte
Gérant - SOKA
Conseiller du Commerce Extérieur Bretagne